En juillet 2023, deux agences liées à l’OMS ont publié des évaluations différentes du même édulcorant. Le CIRC a classé l’aspartame comme “peut-être cancérogène pour l’homme” (Groupe 2B). Le JECFA, le même jour, a confirmé la dose journalière admissible de 0-40 mg/kg de poids corporel.
Mal lu, cela ressemble à une contradiction. Lu attentivement, cela explique comment fonctionnent les évaluations scientifiques : identifier un danger possible n’est pas la même chose qu’estimer le risque aux doses réelles.
Danger et risque ne sont pas la même chose
Le CIRC évalue le danger : une substance peut-elle provoquer un effet dans certaines conditions ? La classification 2B signifie des preuves limitées chez l’être humain. Elle ne signifie pas “cela cause le cancer si tu en consommes”. La même catégorie regroupe des expositions très différentes.
Le JECFA évalue le risque : quelle quantité peut être consommée chaque jour pendant toute la vie sans risque appréciable, selon les données disponibles ? C’est pourquoi il a maintenu la DJA déjà utilisée depuis des années : 0-40 mg/kg par jour.
Ce que 40 mg/kg signifie en pratique
Pour un adulte de 70 kg, le seuil théorique est d’environ 2 800 mg par jour. Une canette de boisson édulcorée en contient généralement beaucoup moins, mais les quantités varient selon le produit et le marché. Il ne s’agit pas de produire un calcul universel valable pour tous. Le point essentiel est que la dose compte.
Chez les enfants, la marge se réduit parce que le poids corporel est plus faible. Pour les personnes qui consomment beaucoup de boissons “zéro”, chewing-gums, yaourts allégés, compléments ou édulcorants de table, la somme quotidienne devient plus importante qu’une seule portion.
EFSA et l’évaluation européenne
L’EFSA a réévalué l’aspartame en 2013 et confirmé une DJA de 40 mg/kg de poids corporel par jour. L’évaluation couvrait la toxicité, la génotoxicité, la cancérogénicité et le métabolisme. Une mise en garde reste essentielle : les personnes atteintes de phénylcétonurie doivent éviter ou contrôler l’aspartame, car il contient de la phénylalanine.
Pour la population générale, le débat porte sur l’exposition et les marges. Pour les personnes atteintes de phénylcétonurie, le problème est spécifique et l’étiquette doit l’indiquer.
Comment lire l’étiquette
Si tu veux savoir combien d’aspartame entre dans ton alimentation, cherche “aspartame”, “E951” ou la mention “contient une source de phénylalanine”. Tu le trouveras surtout dans les boissons sans sucre, les chewing-gums, les produits allégés, les desserts hypocaloriques et les édulcorants de table.
- Ne raisonne pas à partir d’un seul produit : regarde la somme de la journée.
- Pour les enfants, vérifie la fréquence et les portions, pas seulement la présence de l’additif.
- Ne remplace pas automatiquement le sucre par des édulcorants en pensant que le choix est neutre : cela dépend de l’objectif et du contexte.
Conclusion
La classification du CIRC de 2023 ne dit pas qu’une boisson contenant de l’aspartame cause le cancer. Elle dit qu’il existe un signal de danger limité. Le JECFA et l’EFSA, en examinant le risque et la dose, maintiennent un seuil numérique.
Le choix utile n’est ni la panique ni l’absolution. C’est lire l’étiquette, comprendre la fréquence et distinguer une consommation occasionnelle d’une présence quotidienne dans plusieurs produits.
Sources citées
- IARC, “Aspartame hazard and risk assessment results released”, 2023.
- JECFA, evaluation of aspartame and reaffirmation of the ADI of 0-40 mg/kg body weight/day, 2023.
- EFSA ANS Panel, “Scientific Opinion on the re-evaluation of aspartame (E951) as a food additive”, EFSA Journal, 2013.
- WHO, “Use of non-sugar sweeteners: WHO guideline”, 2023.



